Raving and Drooling ou comment Pink Floyd a réalisé son album Animals (1977).

Pink Floyd a réalisé son 10ème album ‘Animals’ entre l’été 1976 et début 1977, dans un nouveau studio à Britannia Row, Islington (Royaume Uni). Nous célébrons donc, en ce début 2022, les 45 ans de l’album. A cet époque, Pink Floyd est le plus grand groupe underground depuis une dizaine d’années déjà, réputation bien assumée avec l’album ‘Dark Side of the Moon’ en 1973 et celui de ‘Wish You Were Here’ en 1975. Columbia parlera d’‘Animals’ comme du meilleur album des Pink Floyd et cet album reste encore d’actualité.

Qu’est-ce qui a poussé Pink Floyd a créer cet album? De quoi est-il inspiré? Que signifie-t-il? A-t-il eu le succès qu’il mérite? Découvrons tout cela dans cet article.

Pink Floyd Animals

Contexte à la création de l’album Animals-Pink Floyd

L’Angleterre est, à cette époque, dans une situation industrielle compliquée qui donne une impression de manque complet de direction au pays. L’extrême droite, la jeunesse punk se font de plus en plus remarquer. L’inflation, le chômage, les attentats de l’IRA,…l’Angleterre ne coule pas mais ne se porte pas bien. Nick Sedgwick, un ami de Roger Waters, rédacteur de In The Pink écrit que «tout était gris, détrempé et, par dessus tout, froid. Une sorte d’obscurité s’était installée : une mélancolie langoureuse qui semblait proportionnelle à l’état du moral national».

Il n’en faut pas plus à Roger Waters, David Gilmour, Nick Mason et Richard Wright (même si ce dernier n’a pas vraiment participé à l’écriture de cet album) pour viser des têtes d’affiche de la politique et de la finance et créer un album unique en son genre. Sa pochette, un cochon gonflable flottant dans le ciel entre les cheminées des usines, est connue de tous et pourtant peu connaissent les morceaux et tout ce qu’ils impliquent. A ce jour, cet album reste finalement assez confidentiel. Il y a plusieurs raisons à cela. Nous en reparlerons en détails un peu plus loin.

Que signifie cet album Animals?

Roger Waters s’inspire là de l’oeuvre de Georges Orwell, Animal Farm (1945), satire sur le Stalinisme qui compare les classes sociales à des animaux. Erwin Montgomery et Rob Horning écrivent dans ‘In The New Inquiry’ que «les espèces sont vues comme représentant les différents niveaux de la société capitaliste d’après les réformes néolibéralistes de Margaret Thatcher.» Roger Waters se sert de cette satire pour critiquer ouvertement le capitalisme et les parties d’extrême-droite anglais. Il vise principalement Margareth Thatcher, premier ministre depuis 3 ans et Mary Whitehouse qui s’autoproclame la croisée de la moralité, à la tête d’une organisation (The National Viewer’s and Listerner’s Associations) prônant un Etat Chrétien, cherchant publiquement à stopper la pédophilie, la pédopornographie, l’homosexualité alors qu’elle décernera le prix de ‘l’émission pour toute la famille’ à l’animateur Jimmy Savile, plus tard reconnu comme un prédateur sexuel sur des jeunes filles de 8 ans et plus. Il fait aussi certainement référence à Richard Nixon, président corrompu des Etats-Unis d’Amérique, siégeant à la Maison Blanche (White House).

Les cochons (Pigs) sont les élites qui se tiennent à distance, les chiens (Dogs) sont les esclaves, les cadres manipulables et les moutons (Sheep) les classes laborieuses exploitées par les chiens pour les cochons.

L’album devait, à l’origine, s’appeler ‘Raving and Drooling’ basé sur un morceau du même nom écrit en 1974. Un autre morceau prévu était ‘You gotta be crazy’. ‘Raving and Drooling’ deviendra ‘Sheep’ et ‘You gotta be crazy’ deviendra ‘Dogs’.

Les deux morceaux (Pigs on the Wing) en intro et conclusion de l’album sont un clin d’oeil de Waters qui vient de se marier avec Carolyn Christie. En effet, il offre deux minutes trente secondes d’amour et de réconfort dans ce monde troublé décrit dans les autres titres, montrant que si ils ne prenaient pas soin l’un de l’autre à quoi tout cela servirait-il à la fin?. 

‘Dogs’ (Waters/Gilmour) est un chef d’oeuvre avec ses enchainements de solos et de refrains, ses sept minutes instrumentales. On est sur le Dog eat Dog World où il faut réussir, accumuler un maximum de richesses, se faire un nom, peu importe sur qui il faudra marcher pour y arriver. Mais malgré une prise de conscience pour certains, il est trop tard et c’est sans issue. Il en découle une réflexion sur leur vie, ils sont comme cette centrale en voie de démolition sur la couverture à cause de la crise économique.

‘Pigs (Three different ones)’, la plus difficile à suivre pour certains et qui met mal à l’aise pour d’autres, est une analyse de Roger Waters sur les trois sortes d’élites (religieuse, politique et commerciale). 

‘Sheep’ est la conclusion théâtrale de cette analyse, entre autres concernant l’oppression de la religion et des gouvernements. Les moutons croient qu’ils pâturent sans danger avant de réaliser que les choses ne sont peut-être pas comme elles paraissent être et que leur condition est belle et bien réelle. En plein coeur du morceau Nick Mason et Roger Waters, aidés d’un vocoder, récitent une réécriture du Psaume 23 (With bright knives he released my soul, he maketh me to hang on hooks in high places, he converteth me to lamb cutlets…). A la fin, les moutons se mobilisent et se dressent contre les chiens puis se font écraser par les cochons arrivant avec une nouvelle meute de chiens sortis tout droit des moutons révolutionnaires mais opportuniste. L’Histoire n’est qu’un perpétuel recommencement. Le solo final de David Gilmour apporte une libération, un moment de calme à la fin de tout cette histoire.

Et Roger Waters de conclure cet album en disant : «Dog needs a home, A shelter from pigs on the wing». Tout est dit dans cette contradiction. Le chien dépend du cochon mais cherche à s’en protéger sans jamais y arriver puisque les cochons ont le pouvoir de planer au dessus de tous.

Un album au succès mitigé?

Comme nous l’avons dit plus haut, cet album reste finalement assez confidentiel, même si il est monté en 5ème position des albums les plus vendus à sa sortie au Royaume Uni et aux Etats Unis. Voyons un peu pourquoi :

  • ‘Animals’ est constitué de morceaux très longs et très riches et, à cette époque, tout ce qui fait plus de 3 minutes, avec plus de 3 accords ne retient plus vraiment l’attention du public.
  • Pink Floyd décide à l’époque de faire la promotion de l’album seul, s’appuyant sur leur statut de mégastar. Mais les 3 morceaux de plus de 10 minutes ne peuvent être diffusé sur aucune radio locale, nationale ou internationale. Les photos du cochon gonflable en guise de campagne de publicité n’auront pas vraiment l’effet escompté non plus.
  • Le style adopté dans cet album ne correspond pas à ce que les fans et les journalistes spécialisés ont l’habitude d’entendre de Pink Floyd. Les albums, ‘Dark Side of the Moon’ et ‘Wish you were here’, ne sont pas du tout du même genre. Nick Mason lui même dira qu’«‘Animals’ tend plus vers un album punk». On est sur quelque chose de provocateur, agressif, loin des normes du bon goût encore un peu en vogue à l’époque.
  • Cet album commence à marquer aussi la rupture de Roger Waters avec le reste du groupe, surtout avec Richard Wright et ça se sent dans l’influence musicale, les paroles plus violentes, les messages plus radicaux. Il en ressort un nihilisme impressionnant. Waters écrira qu’il ne peut pas écrire une chanson si il n’est pas connecté à ce qu’elle peut signifier. Si ses chansons semblent les rebuter c’est qu’elles sont véridiques et touchantes et ses chansons reflètent la vérité en laquelle il croit.
  • Roger Waters venait de se marier, Gilmour venait d’être papa et Richard Wright était en pleine tourmente dans son mariage. Tout cela est venu se rajouter aux tensions et aux disponibilités de chacun.

Conclusion

Pink Floyd a frappé fort avec ‘Animals’, même si l’écriture a pris des années. Le public n’était pas prêt, le groupe pas vraiment non plus, Richard Wright quittant le groupe après ça pour n’y revenir que fin des années 80, une fois le départ de Roger Waters acté. Roger Waters admet que cet album est très violent et David Gilmour que cet album n’est pas un recueil de comptines. Mais ‘Animals’ reste un énorme bloc incontournable dans l’histoire du groupe et de la musique, à tel point, que ce qu’il décrit, critique, dénonce est encore plus vrai aujourd’hui que dans les années 70. 

pub Pink Floyd Animals

Roger Waters a d’ailleurs organisé une tournée ces dernières années pour critiquer Donald Trump aux Etats-Unis lui appliquant les paroles directement. Il s’applique aussi à la crise de Wall Street en 2008 et au récent Brexit au Royaume-Uni. L’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement. David Gilmour a su se montrer très créatif, écrivant aussi la partie basse et percussions. Nick Mason a pu montrer tous ses talents de batteurs exceptionnels, créant des rythmes que nous pouvons aujourd’hui répéter grâce à l’informatique, entre autres. Et Richard Wright s’est montré ultra performant malgré les circonstances compliquées, ajoutant ce qu’il fallait pour agrémenter et rythmer les 3 morceaux principaux. Ecrire sur les Pink Floyd et particulièrement sur ‘Animals’ a été très enrichissant pour moi, j’espère que cet article vous aura apporté quelque chose sur tout cet univers. Chez Digital Nomad’s Land, nous sommes passionnés de musique et vous proposons des articles sur l’histoire des groupes, de la musique. Nous vous proposons aussi de vous mettre en relation avec des musiciens professionnels (Olivier Durand à la guitare, Roland Stagliano au ukulélé, à la basse et Nicolas Néel pour de la musique assistée par ordinateur) qui vous apprendront à jouer vos morceaux préférés. 

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